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Le mécène et collectionneur Olivier Aubriet vient de faire l’acquisition d’un courrier manuscrit inédit d’Edmond Rostand, qui a rejoint son extraordinaire collection : il s’agit d’une pièce qui semble avoir une importance documentaire significative.
Le "succès aux Français" peut être Le Respect de l'amour de Laroze, joué par Le Bargy à la Comédie Française le 5 novembre 1911.
Sans garantie, mais cela expliquerait que Rostand se réfère à des "lettres amies" : les journaux n'en parlent pas, puisque c'est une reprise.
La lettre, sur papier à en-tête d’Arnaga, s’ouvre ainsi :
« Mon cher Ami,
Je rentre de Luchon où je suis allé chercher mon père malade.
Luchon en cette saison, avec ses boutiques fermées et ses allées désertes, ce n’est pas le gai Luchon où jadis je vous voyais conduire dans un bruit de grelots de légères voitures pleines de jolies personnes !
J’ai passé là quelques jours sensiblement tristes, dans l’angoisse et dans le vent ! —
En rentrant ici, je me réchauffe à un feu de pommes de pin et à la lecture de quelques lettres amies qui me parlent de votre succès aux Français.
J’avais bien besoin d’un peu de flamme et d’un peu de joie.
Je vous félicite cordialement.
Vôtre,
Edmond Rostand. »
Plusieurs indices concordants à savoir la formule « Mon cher Ami », le souvenir très personnel de Luchon, les jolies personnes (Charles Le Bargy était très séducteur), la mention de « votre succès aux Français » désignent très probablement Charles Le Bargy comme destinataire (il fut un grand ami d'Edmond Rostand), avant son départ de la Comédie-Française en 1912.
Ce courrier apporte également un éclairage intéressant sur la chronologie familiale.
La lettre montre qu’Edmond s’est rendu à Luchon pour y chercher son père alors que celui-ci était malade, et qu’il l’a ensuite ramené directement à Arnaga où il mourra en janvier 1915 à l’âge de soixante-douze ans..
Ce document constitue ainsi un témoignage précieux sur l’état de santé d’Eugène Rostand dont la santé se dégradait à partir de 1910. On peut donc dater cette lettre de 1910 / 1911 (avant 1912 où Charles Le Bargy quitta la Comédie Française).
Le gai Luchon de jadis…
Le jeune Edmond Rostand appréciait la petite « scène » de Guignol
En ce XIXème siècle, la mode était aux stations thermales et aux villégiatures dans les Pyrénées, et depuis 1870, la famille Rostand quittait Marseille pour se rendre régulièrement à Luchon, célèbre pour ses cures thermales, au climat propice pour la santé fragile de leur fils Edmond, atteint de crises de toux à répétition.
Edmond, l’enfant des bords de Méditerranée, découvrit la montagne, l’arpenta lors de longues promenades, à pied ou à cheval, et se laissa aller aux émotions que lui procurait la nature, avec son ami Henri de Gorsse. Il se « gorgeait » de ces Pyrénées qu’ils n’oubliera jamais : d’après Henri de Gorsse, « à sept ans, Edmond était un petit garçon mince et délicat, aux yeux profonds, au visage mat encadré de longues boucles brunes. Ses jeux étaient contenus par les grilles chargées de lierre de la villa Julia où grimpaient de bleues glycines odorantes.
C’est vers ses dix ans que ses parents acceptèrent que le jeune Edmond, sans doute trop bruyant, avec ses camarades choisis partit faire voguer, le long du ruisseau coulant au bas de la colonnade des thermes leurs petits bateaux.
Descendant du col du portillon après avoir rêvassé à la vue du Val d’Aran et s’être désaltéré au casino du portillon, Edmond et ses amis étaient rappelés par le tintement des cloches des églises.
Puis se rapprochant, c’était les cloches des hôtels qui appelaient le rassemblement pour le dîner. Edmond à cette époque était un garçonnet un peu triste au visage très expressif. Ses yeux profonds contemplatifs se perdaient souvent dans de mystérieuses pensées quand il se repliait sur lui-même.
« Les Musardises »…
Et c’est bien à Luchon qu’Edmond Rostand avait découvert ses premières émotions théâtrales, le Guignol pourrait en témoigner.
Et c’est bien à la Villa Julia paternelle qu’il composera ses premiers vers, écrira ses premières pièces, organisera ses premiers spectacles… Et montera en qualité de comédien sur la scène d’un théâtre, celui du Casino !
Enfin, c’est bien à Luchon que Rosemonde Gérard, son indispensable épouse, viendra illuminer sa vie.