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Les amoureux Caroline de Saint-Cricq et Liszt - La statue de Beethoven élevée grâce aux concerts de Liszt
Nous avions déjà annoncé dans nos éditions précédentes le récital du pianiste Kotaro Fukuma Hommage à Franz Liszt qu’il donnera le lundi 13 juillet à 21h à l’église de Saint-Jean-de-Luz.
Il interprétera de Franz Liszt Rêve d’amour S. 541 n° 3 - La Campanella (extrait des Grandes Études de Paganini, S. 141 n°3) et Bénédiction de Dieu dans la solitude (extrait des Harmonies poétiques et religieuses, S. 173 n° 3) - Sonnet de Pétrarque 123 et Après une lecture de Dante – Fantasia quasi Sonata (extraits des Années de pèlerinage, 2ème année : Italie, S. 161, n°6, n°7)
ainsi que des Extraits de Tristan et Isolde de Richard Wagner (La Mort d’Isolde, transcription de Franz Liszt) et Ständchen de Schubert (Sérénade, transcription de F. Liszt).
Tarifs : 25 à 35 euros - gratuit pour les moins de 18 ans.
Billetterie : en ligne sur https://www.billetweb.fr/kotaro2 / Offices du tourisme du Pays Basque : tél. 05 59 26 03 16 / FNAC Bayonne / Sur place avant le concert
Les amours des Romantiques : Franz Liszt et Caroline de Saint-Cricq
L’occasion de relater les séjours et les concerts de Liszt en 1844, entre Pau et Bayonne !
Une plaque dans le hall d’entrée du théâtre de Bayonne (actuellement nommé Michel Portal) rappelle les deux concerts qu’y donna Franz Liszt les 14 et 18 octobre 1844, véritables « lettres de noblesse » d’un bâtiment inauguré deux ans et demi plus tôt. La cause du passage de l’illustre compositeur était double, géographique et d’ordre sentimental.
Entreprenant une tournée européenne afin de recueillir des fonds destinés à l’érection d’un monument à Beethoven dans sa ville natale de Bonn, Liszt avait été invité à Madrid où il fut accueilli le 29 octobre suivant par les maîtres de chapelle basques Pedro Albéniz (ancêtre d’Isaac), Juan Guelbenzu – pianiste renommé avec qui il joua à quatre mains -, Hilarion Eslava et Sebastian Iradier ; il y donna neuf concerts avant de se rendre à Cordoue, Cadix, Grenade, Valence et Barcelone, avec un crochet par Lisbonne via Gibraltar pour conclure son périple à Bonn où l’inauguration du monument à Beethoven eut lieu en août 1845.
Mais l’autre raison, moins connue, du séjour de Liszt dans notre région touchait un amour contrarié - à l’âge de seize ans - pour une de ses élèves, Caroline de Saint-Cricq, que son père, ministre de
Charles X, s’empressa de marier à un compatriote béarnais de ses amis en vue d’éviter une « mésalliance ». Cependant, seize années n’avaient aucunement effacé une passion partagée et, avant Bayonne – ultime étape précédant l’Espagne -, Liszt avait donné deux concerts à Pau, les 8 et 11 octobre 1844, devant une jeune femme éplorée, désormais épouse du magistrat palois Dartigaux…
Quant aux concerts donnés à Bayonne, la gloire du musicien était telle que tout fut loué longtemps à l'avance, parfois même clandestinement, ce qui provoqua un scandale à Bayonne : le 12 octobre 1844, le journal bayonnais La Sentinelle des Pyrénées signalait que pour la soirée du lundi 14 octobre, toutes les loges étaient louées depuis le matin, avant qu'on ait fait paraître dans la presse l'avis officiel du concert.
Devant le mécontentement du public, le journal critiqua le « défaut de prévoyance » de M. Vildier, directeur du théâtre, en lui adressant un blâme sévère afin que pareil abus ne se renouvelle pas lors du second récital de Liszt au théâtre bayonnais. Car les loges ayant été louées au marché noir, on dut installer des sièges supplémentaires dans les moindres recoins, jeter un plancher sur la fosse de l'orchestre ; deux rangées de fauteuils, à droite et à gauche du piano, avaient été réservées à une « société choisie ».
Des lustres scintillaient sur la scène et dans la galerie ménagée au fond. Du corridor des premières, la salle offrait « toute la pompe d'un palais ». Dans les loges, relatait le rédacteur du journal Le Phare, brillait « l'aristocratie de nos dames espagnoles et françaises, c'est-à-dire ce que nos murs renfermaient de plus élégant et de plus gracieux ».
Entre temps, Liszt était retourné à Pau afin d’y donner un concert de bienfaisance le 17 octobre, en matinée, dans les salons de Lady Fitzgerald, à l'intention des malades : l'entrée était gratuite, mais on quêta pour les pauvres. Le Mémorial du 19 octobre ajouta que la collecte avait été faite par Liszt lui-même qui l'arrondit d'une large offrande : « On a recueilli 500 francs, plus une somme pour les Dames de la Providence et les pauvres de Bilhères ».
Le dimanche 20 octobre, après un magnifique banquet qui réunit autour du Préfet « les sommités administratives et artistiques du chef-lieu », Liszt partit en chaise de poste pour l'Espagne.