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Article publié le 28 novembre 2025
C‘est au son de la musique de Tchaïkovsky qu’a été inauguré jeudi un monument à la mémoire du célèbre poète Alexandre Pouchkine dans l'enceinte du Centre spirituel et culturel orthodoxe russe à Paris. La cérémonie s’est déroulée en présence de l’ambassadeur et du métropolite des diocèses orthodoxes russes en Europe, des diplomates russes et étrangers, des mécènes, des journalistes, des amis français de la Russie, des compatriotes résidant en France et du monde parisien de la culture ainsi que de l’arrière-arrière-petit-fils du poète, Alexandre Alexandrovitch Pouchkine, et de son épouse Maria Alexandrovna, venus de Belgique.
Le monument représente Alexandre Pouchkine, vêtu d'une redingote et d'un chapeau haut-de-forme en usage à l’époque. Il est l'œuvre du sculpteur Alexandre Taratynov.
Le sculpteur Alexandre Taratynov et sa statue de d’Artagnan à Maastricht
Ce sculpteur moscovite désormais installé aux Pays-Bas a réalisé de nombreuses statues de personnages historiques, dont celle de d’Artagnan dans le Parc de Maastricht, ville où le héros des Mousquetaires avait été tué au combat.
Et pour en revenir à Pouchkine, comme l’avait noté l’ambassadeur Alexeï Meshkov, « bien qu’il ne se soit jamais rendu à Paris, la France avait occupé une place particulière dans la vie de l’écrivain. Dès son enfance, il parlait couramment le français, et ses lettres ainsi que ses réflexions témoignent de son profond intérêt pour la culture française ».
Vous me demandez mon portrait,
Mais peint d’après nature :
Mon cher, il sera bientôt fait,
Quoique en miniature.
Je suis un jeune polisson
Encore dans les classes ;
Point sot, je le dis sans façon
Et sans fades grimaces.
Oui! Il ne fut de babillard,
Ni docteur de Sorbonne
Plus ennuyeux et plus braillard
Que moi-même en personne.
Ma taille, à celle des plus longues,
Las n’est point égalée;
J’ai le teint frais, les cheveux blonds
Et la tête bouclée.
J’aime et le monde, et son fracas,
Je hais la solitude;
J’abhorre et noises, et débats,
Et tant soit peu l’étude,
Spectacles, bals me plaisent fort,
Et d’après ma pensée,
Je dirais ce que j’aime encore,
Si je n’étais au Lycée.
Après cela, mon cher ami,
L’on peut me reconnaître :
Oui! Tel que le bon Dieu me fit,
Je veux toujours paraître.
Vrai démon pour l’espièglerie,
Vrai singe par sa mine,
Beaucoup et trop d’étourderie,
Ma foi, voilà Pouchkine.
Celui que ses amis surnommaient « le Français » au lycée de Tzarskoie Selo avait à peine quinze ans lorsqu’il écrivit ce poème en français dans le texte.
Or, Pouchkine est certes le représentant le plus éminent de cette société russe marquée par la culture française au point de manier parfois la langue de Molière mieux que le russe !
En 1830, par exemple, il y avait huit journaux publiés en langue française en Russie : quatre à Saint-Pétersbourg, trois à Moscou et un à Odessa, ce grand port sur la Mer Noire qui a gardé jusqu’à nos jours la statue d’Armand du Plessis, duc de Richelieu qui en fut à la fois le gouverneur et le grand bâtisseur entre 1803 et 1814, tout comme son père avait été le gouverneur de Guyenne…
Mais il n’y a pas que la littérature, l’histoire ou l’architecture qui rapprochent la France de la Russie. La gastronomie y a largement sa place.
Ainsi dans l’opéra de Tchaïkovsky « Eugène Onéguine », sans doute une de ses œuvres lyriques les plus célèbres, dont le livret provient du roman éponyme - rédigé en vers - d'Alexandre Pouchkine, on trouve cette adresse au vin de Bordeaux :
Vin de Bordeaux, c’est toi le frère
Qui dans le chagrin, le malheur
Compagnon sans réserve et pour la vie,
Est toujours prêt à nous aider
Comme à partager nos loisirs,
Vive le Bordeaux, notre ami
Et, dans le menu de son héros, Pouchkine faisait figurer une recette de foie gras datant de 1830...