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ART & HISTOIRE
Autoportrait de Bonnat, 1918 Musée du Prado - Fruela II, Bonnat, 1850/52, Prado Cefer. Araujo, Bonnat, 1864, Prado
Article d'Anne de La Cerda publié vendredi 21 novembre 2025
À quelques jours de la réouverture du musée Bonnat-Helleu, il est intéressant de rappeler les diverses étapes de la vie du peintre, enseignant et collectionneur Léon Bonnat (1833-1922), grand donateur à l'origine de la construction du musée des beaux arts qui porte désormais son nom à Bayonne. Un lieu culturel qui associe également le nom de Paul Helleu (1859-1927), talentueux virtuose de la plume
dont le legs de sa fille Paulette Howard-Johnson aura en partie permis la reconstruction de ce nouvel ensemble par le cabinet d'architecture bordelais Brochet/Lajus/Pueyo BLP.
A l'occasion du centenaire de Léon Bonnat, la ville de Bayonne lui avait rendu hommage en organisant l'exposition « Léon Bonnat, peintre il y a cent ans ». Grand artiste au style presque l’hyperréaliste, enseignant français aux beaux Art durant seconde moitié du XIXe siècle et du début du XXe siècle, ce dernier voua sa vie et sa fortune, acquise par un labeur acharné, à sa seule passion : une collection exceptionnelle qu'il légua à sa ville natale qui l'avait soutenue en lui octroyant une première bourse pour étudier à Paris puis une seconde bourse pour étudier à Rome où il obtint le deuxième second grand prix de Rome en 1857 avec sa "Résurrection de Lazare". A la fin de sa vie, sa magnifique collection léguée à la ville de Bayonne sera rassemblée dans l' écrin-musée : elle renferme un cabinet de dessins exceptionnels de Léonard de Vinci, Michel-Ange, Raphaël, Dürer, Le Gréco, Rembrandt, Van Dyck, Rubens, Watteau, Goya, Delacroix, Ingres, Le Gréco et Goya.
Le legs de ses collections à l’État par Léon Bonnat, avec obligation de dépôt au musée bayonnais, a ainsi noué d'étroites relations avec le musée du Louvre. Des liens indéfectibles renforcés par un partenariat entre les deux institutions établi jusqu'en 2028.
La nomination en janvier dernier du nouveau directeur du musée Bonnat-Helleu, Barthélémy Etchegoyen Glama, qui avait travaillé à la direction du Louvre, témoigne de ce rapprochement entre les deux institutions.
Bien qu'en mauvais état, le Louvre reste l’institution la plus prestigieuse au monde, dont le musée Bonnat bénéficie des conseils les plus précieux (mis-à-part la sécurité !).
Rappelons que la présidente du Louvre, Laurence des Cars, avait alerté en fin janvier dernier la ministre de la culture Rachida Dati lors d'un discours à la presse (dont Baskulture fit écho), du dramatique état du Louvre menacé d'« obsolescence » qui nécessitait des mesures de travaux d’urgence suite à des fuites d'eau, des variations de température et d'autres problèmes « mettant en danger la préservation des œuvres d'art » du plus beau musée du monde.
Aussi c'est à Paris, capitale des Arts à la fin du XIXème siècle, que Léon Bonnat fit carrière en figeant sous son pinceau alerte les personnalités les plus éminentes de la troisième République, une épopée relatée en 2015 dans la brillante thèse de doctorat de l'historien d'art Guy Saigne.
Devenu très riche et célèbre, Bonnat acquit progressivement une collection exceptionnelle de chefs-d'œuvre.
L'incroyable destinée de cet homme unique avait commencé à Bayonne comme l'avait relaté dans son livre édité l'année du centenaire : "Doux pays, le roman de Léon Bonnat" l'écrivain, musicien et enseignant Etienne Rousseau-Plotto qui rappelle les souvenirs émouvants de l'enfance heureuse dans son « doux pays » natal, le Pays Basque, auquel il resta attaché toute sa vie à l'occasion de ses nombreux séjours.
Les débuts du maître à Madrid
Cependant, cette douceur s'acheva suite aux mauvaises affaires de son père Joseph Bonnat qui décida de s'installer avec sa famille à Madrid où il devint libraire. A cette époque, le jeune Bonnat, âgé de treize ans, découvrit la peinture et reçut ses premiers enseignements artistiques en Espagne, pays où les Bonnat séjournèrent entre 1846 et 1853. Deux ans après leur arrivée, le jeune adolescent fut admis à l'École des Beaux-Arts de l'Académie royale San Fernando où il étudia la peinture auprès de José de Madrazo y Agudo, peintre majeur néoclassique espagnol, provisoirement élève de David lors d'un séjour parisien et de son fils Federico de Madrazo, peintre de Cour remarqué pour les textures des vêtements et les décors de ses portraits, puis il fut nommé directeur du musée du Prado.
"J’ai été élevé dans le culte de Vélasquez. J’étais tout jeune, à Madrid ; mon père, par les journées radieuses comme on n’en voit qu’en Espagne, me menait parfois au Musée du Prado, où nous faisions de longues stations dans les salles espagnoles. J’en sortais toujours avec un sentiment de profonde admiration pour Vélasquez". Le rapport entre la figure et le cadre, la palette tonale réduite et le fond gris neutre, la suggestion de l'espace par le jeu de la lumière et des valeurs atmosphériques, une certaine gravité façonneront la personnalité de cet artiste si doué. Le portrait de sa sœur Marie qui épousa le peintre Enrique Mélida et le portrait de son frère Paul , tous deux datant d'environ 1851, et celui de son oncle Charles Sarvy , de 1853 (tous conservés au musée Bonnat de Bayonne) reflètent les prémisses de sa future personnalité.
Une commande royale, entre 1850 et 1852, le portrait de Fruela II (roi des Asturies de 910 à 924 et roi de León de 924 à 925), confirme les débuts d'une carrière très prometteuse.
Bonnat continua à suivre les cours de l'Académie San Fernando. Le décès prématuré de son père en août 1853 l'obligea à retourner en France avec sa famille. Une bourse du conseil municipal de Bayonne lui permit de s'installer en 1854 à Paris où il poursuivit sa formation artistique à l’atelier de Léon Cogniet aux Beaux-Arts de Paris.
Cependant, les liens de Bonnat avec Madrid et l'Espagne se perpétuèrent tout au long de sa vie.
Lors de son séjour à Madrid en 1864, Bonnat réalisa des copies d'œuvres de Ribera : le « Saint Paul l'Ermite » conservé au Louvre et, au Prado en 1864, le Martyre de saint Philippe (ces deux copies se trouvent au musée Bonnat de Bayonne).
À cette époque on peut déceler l’ influence majeure de la peinture espagnole qui se manifeste dans son travail, notamment dans les scènes religieuses.
Les critiques françaises commençaient déjà à déceler une influence espagnole dans son art.
Ainsi, tout en allongeant les traits de son sujet à la manière d'El Greco, Bonnat réalisa le portrait du peintre, critique d'art et collectionneur Ceferino Araujo Sanchez (1864, Prado). Son regard intense et concentré révélant son caractère romantique.
En 1919, il accompagna le roi Alphonse XIII d'Espagne lors de sa visite à l'Académie de France et reçut à cette occasion la Grand-Croix d'Alphonse XII. Bonnat fut chargé d'inviter plusieurs artistes à participer à l'Exposition franco-espagnole de Bayonne. Un an auparavant, il réalisait son autoportrait à l’expression sereine, presque souriante, aujourd’hui au musée du Prado en prévision de l’événement.
A travers ces diverses descriptions, on constate combien l'étape madrilène de Léon Bonnat fut déterminante dans sa carrière. Cette éducation artistique et ces échanges qui lui apportèrent ce plus de personnalité par rapport aux autres artistes de son époque formés comme lui aux Beaux-Arts de Paris.
Aussi, à l'occasion de la réouverture du musée Bonnat-Helleu, les Bayonnais et les amateurs d’art pourront découvrir les nouvelles scénographies d'un musée Bonnat-Helleu néoclassique ultra-moderne dont les portes s'ouvriront au public à partir du 27 novembre.