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C’est une Cantate présentée par Roger Désormière, avec l'Orchestre symphonique de Paris et quelques choristes masculins, qui scella l’amitié entre Igor Markevitch et Cocteau.
Grâce à Diaghilev, lors d’un entracte des Black Birds au Moulin Rouge, Markevitch avait fait la connaissance de Cocteau. Mais la commande de Diaghilev ne verra jamais le jour car l'homme des Ballets russes, après une brève maladie, s’éteignit le 19 août 1929 au Grand hôtel des Bains, sur l'île du Lido à Venise.
Traumatisé par ce brusque décès qu’il apprit par les journaux, Igor Markevitch tenta de se suicider : "après une nuit d’insomnie j’allais, à l’aube, me jeter dans le lac au bout de la digue de la Tour, d’où je fus miraculeusement sauvé par des pêcheurs qui retiraient leurs filets".
De retour à Paris, Markevitch utilisera une partie du matériau du ballet avorté dans la Cantate pour soprano, chœur d’hommes et orchestre, dont Cocteau rédigera le texte d’un lyrisme échevelé. Le poète ayant tardé à se mettre au travail, l’œuvre est le cas assez rare d’un ouvrage lyrique où les paroles ont été écrites sur la musique, et non le contraire ! Paris lui réserva un triomphe le 4 juin 1930 alors que le jeune compositeur n’avait pas encore atteint ses dix-huit ans !
Mais Markevitch, malgré son originalité et ses succès, cessera assez vite de composer pour ne plus se consacrer qu'à la direction d'orchestre.
Dernier couplet de la "Cantate" écrit par Cocteau : Après avoir fini / Leur travail de l’hiver / les dormeurs éveillés / Sortirent un matin / Le printemps commençait / L’avenir était beau / On entendait partout les coqs / Allumant le jour. Et le soleil / balayait la mort.
Igor Borisovich Markevich était né le 27 juillet [9 août, calendrier occidental] 1912 à Kiev, Empire russe – mort le 7 mars 1983 à Antibes, en France.
Son père, Boris Nikolaïevitch Markevitch, était pianiste, ancien élève d'Eugen d'Albert et de Raoul Pugno à Paris ; sa mère Zoia Pokhitonova († 1972 ; fille du peintre Ivan Pokhitonov) avait été élevée en France.
Alors que sa famille vivait depuis 1915 en Suisse où se soignait son père atteint d'une tuberculose pulmonaire, il fut remarqué très jeune par Alfred Cortot, de passage à Lausanne, qui l'invita, à sa charge, à l'École normale de musique de Paris qu'il avait fondée.
Dès lors, sa destinée était toute tracée et abandonnant son attrait pour la composition, il se lança dans la direction d'orchestre qu'il révolutionna littéralement, reconnaissant avoir été influencé par Stravinsky dont il se rappelait avec émotion avoir interprété en 1964 le "Sacre du Printemps" à la tête de l'Orchestre Philharmonique de Moscou.
Il mourut en 1983 d'une crise cardiaque à l'âge de 70 ans dans une clinique d'Antibes.
Son frère Dimitri fut un violoncelliste réputé, dont la passion musicale fut "réveillée" par sa rencontre - à l'âge de huit ans - avec Pablo Casals. Ayant étudié auprès de son compatriote d'origine russe Gregor Piatigorsky, il jouait sur un violoncelle baroque en étant l'un des premiers à défendre les techniques d'interprétation sur instruments d'époque ; spécialisé dans les œuvres pour violoncelle solo, auteur de l'ouvrage "The Solo Cello", il fonda en Suisse (où il vivait et où il mourut en 2002) l'Institut de Hautes Études Musicales.
Iakov Andreevitch, un des premiers Markovitch connus – le blason de la famille, Armorial de l’Empire russe
La question des origines de cette famille continue cependant de susciter de vifs débats et semble - pour le moment - demeurer sans réponse.
L’armorial, publication officielle de l’Empire russe indique : « Les Markovitch étaient une famille noble de Petite Russie, dont certains membres, jusqu'à la fin du XIXe siècle, étaient orthographiés Markevich (en polonais : Markiewicz). Leurs ancêtres avaient émigré de Serbie (envahie par les islamistes turcs-ottomans, NDLR) vers la Malorossiya (ou Petite Russie, future Ukraine ou "pays des confins"/marche de l'empire, NDLR) en passant par la Pologne.
Andreï Markovitch, pour ses loyaux et assidus services rendus au trône de Russie depuis 1708, fut anobli en 1736 par décret impérial de Sa Majesté l'Impératrice Anna Ioannovna.
En 1744, en raison de son âge avancé, il fut démobilisé avec le grade de général de la logistique des troupes de Petite Russie. Un diplôme de noblesse lui fut délivré le 17 octobre 1745.
Les descendants de Markovitch reçurent également des titres honorifiques pour leurs services.
Ces faits sont attestés par une copie de la charte d'anoblissement et par l'arbre généalogique de la famille Markovitch qui figure dans la sixième partie du livre généalogique du gouvernement de Tchernigov ».
En revanche, d’après un historien israélite, certains documents permettraient de conclure que la famille serait d'origine juive, ce dont témoigneraient les prénoms "bibliques" des premiers membres répertoriés de cette famille, au XVIIème siècle…