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Concerts, conférences, musiques, expositions, cinéma, littérature, poésies, philosophie, spiritualité, critiques artistiques, patrimoine, gastronomie et actualités culturelles : parce qu'un média libre n'a pas de prix, le site Baskulture et La Lettre du Pays Basque ont été créés pour rappeler le passé et éclairer l'avenir

Jean Cocteau, extraordinaire génie créatif, familier de notre région (Alexandre de La Cerda)

Maurice Rostand, dessin de Jean Cocteau - petite moustache effilée et brune de Cocteau décrite par Maurice

Maurice Rostand, dessin de Jean Cocteau - petite moustache effilée et brune de Cocteau décrite par Maurice

Que ce soit la Littérature, le cinéma ou les arts plastiques : aucune forme d'art ne laissa jamais indifférent ce créateur à mille facettes. Et le Pays Basque constitua souvent son point de chute privilégié.
Car dès ses jeunes années, Cocteau fréquenta assidûment Biarritz, ainsi que la demeure des Rostand à Cambo, grâce à son amitié avec l’un des fils de la maison, Maurice : l’une de ses premières rencontres avec le jeune poète eut lieu en janvier 1909 à Paris, à l’hôtel Meurice où toute la famille Rostand était descendue pour les répétitions de « Chantecler ».

 

Cocteau avait précédemment écrit à Maurice un texte pour « Schéhérazade », une belle revue qui paraîtra pendant six numéros jusqu’en 1911.
Le courant de sympathie était passé immédiatement : « Nous nous prenions pour Byron et Shelley, écrivait Maurice Rostand !
Nous partions, Cocteau et moi, à la conquête de la vie : nous vendions la peau de l'ours avant même de l'avoir tué. Pour quelques petits vers disséminés au hasard, les duchesses d'alors criaient au génie. Les vraies difficultés commenceraient plus tard, quand il s'agirait de faire une œuvre valable et non d'improviser des ébauches. J'écrivais déjà une pièce pour Sarah Bernhardt, qu'elle ne jouerait jamais; je songeais à réunir mes poèmes, comme tous les poètes de mon âge et Cocteau était impressionné par mon père et Anna de Noailles ».

Et l’été 1910, ce sera le premier séjour de Jean Cocteau à Arnaga.
Voici comment Maurice Rostand décrivait Jean Cocteau : « Une petite moustache effilée et brune, dont personne ne se souvient, ombrageait son visage. Ses cheveux lisses n'affectaient aucune forme de houppe.

À noter qu’une autre habituée d’Arnaga avait trouvé grâce aux yeux de Cocteau : voici la première lettre qu’il écrivit à Anna de Noailles : « Vous êtes plus exquise que Ronsard, plus noble que Racine et plus magnifique que Hugo ».
La lettre était datée du 31 janvier 1911, Cocteau avait alors 22 ans.

L’année d’après, en septembre 1912, Jean Cocteau est à Saint-Jean-de-Luz, avec sa mère avant de rejoindre les Rostand dans leur « Versailles basque » à Cambo !
Cocteau descendit à l'hôtel Colbert de Cambo. Le 14, i1 adressa à Anna de Noailles une lettre assez sarcastique à l'égard de Maurice, qui le conduisait dans tous les lieux mondains de Biarritz, chez les Arcangues, et naturellement chez ses parents, tandis que Paul Fort, qui vient d’être proclamé «prince des poètes» (Cocteau lui succédera en 1960) lui faisait visiter les environs.

Le 29 sept 1912, Cocteau écrit à sa mère: « Je ne m'étonne plus que Cambo captive et guérisse. Jamais un malaise, jamais une fausse digestion, jamais une insomnie, une fatigue matinale, et toutes ces petites choses qui m'agacent. (...) On avale de l'air comme un plat de maïs nutritif et suave. On se lève à sept heures, on joue à la pelote, on déjeune dès qu'on crève de faim, on travaille le fandango et on recommence ».

C’est à ce moment, à la veille de son départ de Cambo, que Cocteau aurait provoqué un scandale... Pierre Espil l’évoque dans sa biographie de Rostand : avec son acolyte Maurice Rostand, Cocteau aurait attiré à Arnaga des jeunes gens des environs afin d'organiser avec eux une sorte de divertissement gréco-romain au clair de lune avec en prime des vers érotiques des deux poètes. Quelques-uns de ces jeunes héros, très fiers, crurent bon de se vanter dans les cafés de Cambo. Prévenus par la rumeur publique, les parents portèrent plainte à la gendarmerie d'Espelette. On peut imaginer la tête d'Edmond Rostand lorsqu'un brigadier, très ennuyé, était venu lui demander bien poliment quelques éclaircissements !

Jacques Lorcey, dans sa monumentale œuvre consacrée à Rostand, suppose avec humour que Rostand, « sous le coup de la fureur, n'aurait certainement pas apprécié d'apprendre par un magicien que Jean Cocteau... hériterait de son propre fauteuil à l'Académie Française, le 3 mars 1955 ! »

Jean Cocteau sur la plage de la Côte des Basques à Biarritz – Affiche du Festival du Film maudit

Jean Cocteau sur la plage de la Côte des Basques à Biarritz – Affiche du Festival du Film maudit

Et puis vint la guerre de 1914 : Cocteau rencontra Picasso, mais aussi, en 1915, Ramiro Arrue qui, malgré ses rappels, ne retournera qu'occasionnellement à Paris, pour exposer ou pour concourir. A l’époque, ils participaient avec Picasso aux dîners du mardi offerts par Zuloaga, déjà célèbre, avec Regoyos, les frères Zubiaurre, et une pléiade de peintres basques et espagnols...

Et après quelques séjours à Arcachon, Jean Cocteau revint au Pays Basque en 1919 : il a 30 ans, la guerre est finie mais Edmond Rostand n’est plus, et sa somptueuse demeure sera bientôt vendue. Cocteau choisit alors de se rendre en août à Ahusky, près de Mauléon, avec Louis Durey et le frère du musicien, réputé le plus discret du « Groupe des Six » qui réunissait entre autres Georges Auric, Francis Poulenc, Darius Milhaud, Honegger...

Ce hameau situé en pleine montagne est - encore de nos jours - témoin au début de l’été de l’immuable rite de la transhumance des animaux et le célèbre « barde maudit » Etxahun de Barcus le fréquenta. Mais cet endroit était également réputé pour ses eaux thermales que, dès 1862, le guide Joanne recommandait pour « guérir les affections de la vessie, les fièvres intermittentes rebelles, l'atonie des organes digestifs et les aberrations du système nerveux ».

D’après ses écrits, Cocteau y aurait mené, avec ses deux amis, une vie simple et saine « à traire les vaches et à manger le chou ». Séjour paisible, fait de cures : « à six heures du matin, on monte à la source, la seule pour toute la région, elle coule à peine. Aussi, c'est la divinité. Les bergers la saluent et l'accumulation des brocs ressemble aux vases des autels ». Les agapes : « la cuisine de Madame Baratçabal est un chapitre de Pétrone, en compagnie de bergers chanteurs », écrivait-il (l’ancien maire d’Anglet, Jean Espilondo, était le petit-neveu de Pierre Baratçabal dont l’hôtel avait été rendu « célèbre » par son épouse Xixili).

Pour Louis Durey, ce fut également un séjour de travail d’où naîtront les trois mélodies « Prière », « Polka » et « L'Attelage ». Faisant partie des « Chansons Basques » et constituées de motifs notés d'après les chants des bergers et des poèmes de Cocteau, elles consacrent avec esprit la double rencontre du folklore et de l’inspiration du poète : il y est question du « petit berger aux joues rouges », « du mulet, bête courageuse et agréable à voir qui peut porter de lourdes charges », « du jeu de pelote qui nécessite une certaine force et beaucoup d’adresse », « des cloches des troupeaux qui fatiguent les malades », « des aigles qui volent sans remuer les ailes », « des montagnes qui offrent de curieux effets de perspective », etc.

Ce sera l’un de ses derniers séjours dans le Sud-Ouest : Cocteau viendra encore à Rauzan, dans le Bordelais, pour y tourner pendant la guerre les extérieurs du « Baron fantôme » avant d’organiser en 1949 à Biarritz (entre autres, avec le marquis d’Arcangues) le Festival du Film Maudit, premier festival du film d'auteur qui eut pour cadre le Casino municipal, du 29 juillet au 5 août 1949, constituant le point de rencontre entre deux générations de cinéastes, parmi les plus créatifs
de l’histoire du cinéma français, les plus anciens avec les jeunes, venus assister au festival : François Truffaut, Jacques Rivette ou encore Eric Rohmer.

Les fêtes qui l’accompagnèrent sont restées de nombreuses années dans la mémoire des Biarrots, notamment la fameuse « Nuit maudite » qui s’était déroulée au Lac de la Négresse.
Cocteau présidait alors le ciné-club d'avant-garde « Objectif 49 », véritable berceau de la « Nouvelle Vague ». En effet, tout comme il avait acquis parmi les musiciens une enviable réputation qui lui permit de devenir le catalyseur du Groupe des Six, Cocteau était un passionné du cinématographe
Ce dandy touche-à-tout, qu’aucune forme d'art ne pouvait laisser indifférent, laissera à la poésie, au roman, au théâtre, au cinéma une série d'œuvres remarquables.

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