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Concerts, conférences, musiques, expositions, cinéma, littérature, poésies, philosophie, spiritualité, critiques artistiques, patrimoine, gastronomie et actualités culturelles : parce qu'un média libre n'a pas de prix, le site Baskulture et La Lettre du Pays Basque ont été créés pour rappeler le passé et éclairer l'avenir

In Memoriam : le prince Schakhovskoy, universitaire érudit

Le Prince Schakhovskoy : du dîner de la noblesse à l’Interallié au Prix "Château Miller La Cerda" à Biarritz

Le Prince Schakhovskoy : du dîner de la noblesse à l’Interallié au Prix "Château Miller La Cerda" à Biarritz

C’est une perte incomparable qui affecte le monde universitaire, russophile, et celui de la culture en général avec le départ du prince Dimitri Schakhovskoy qui s’est éteint à Paris à l’âge de 92 ans : docteur en histoire et philologie à la Sorbonne, il était professeur à l’Université de Haute-Bretagne (Rennes) où il enseigna au sein de l’UFR de langues, ainsi qu’à l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge à Paris, où il enseignait l’histoire de l’Église et la philosophie russes, et au Séminaire orthodoxe russe en France, à Épinay-sous-Sénart. Féru d’histoire et de généalogie, le prince avait présidé l’Union de la noblesse russe à Paris en dirigeant la publication de son bulletin et en participant aux réunions du Cilane qui regroupe toutes les noblesses d’Europe.

Mais c’est surtout un ami de ma famille depuis plusieurs génération qui n’est plus, emportant une multitude de souvenirs en commun, malgré la différence d’âge, à commencer par celui qui nous avait baptisés, à 14 années de distance, le recteur de l’église orthodoxe d’Asnières qui deviendra l’évêque Méthode (mon arrière-grand-mère maternelle était l’amie des parents du Pce Dimitri, tous habitant cette localité où séjournaient de nombreux russes "blancs" réfugiés de la révolution de 1917).
Nous partagions ensemble notre appétit pour les livres, la musique, le mobilier ancien, mais de plus, le prince avait étudié la sculpture et la peinture d'icônes…


En particulier, nous avions tous deux bénéficié du savoir et de l’érudition du grand généalogiste que fut Nicolas Ikonnikoff, ainsi que des studieuses relations avec Jacques Ferrand – dont j’avais "alimenté", très jeune encore, l’intérêt pour l’histoire des grandes familles de l’empire russe -, qui fut l’auteur de plusieurs séries d’éditions généalogiques que le prince Schakhovskoy avait préfacées. 

Prince et Psse Schakhovskoy avec une forte délégation au 75e anniversaire de l’ANF (noblesse française) - Breteuil, 2008

Prince et Psse Schakhovskoy avec une forte délégation au 75e anniversaire de l’ANF (noblesse française) - Breteuil, 2008

Tout comme il avait également rédigé la préface de mon ouvrage « La tournée des Grands-Ducs » aux éditions Atlantica (*), en participant encore à nombre de manifestations que j’organisais au Palais et au Casino de Biarritz (entre autres, mes « Mardis de l’Histoire » où il prononça de passionnantes conférences, ainsi qu’aux bals « Biarritz-Pétersbourg »).

Lui-même auteur de nombreux ouvrages érudits et spécialiste reconnu de la littérature et de la civilisation russes, le prince Schakhovskoy m’avait précédé dans l’attribution de la médaille Pouchkine pour sa contribution à la préservation du patrimoine culturel russe.

Par sa famille, il descendait du célèbre Rurik, le premier prince de Novgorod et fondateur de la dynastie riourikide qui règna sur la Rus' de Kiev (rien à voir avec les "prétentions ukrainiennes" actuelles) puis la Moscovie de 862 à 1598 en reconnaissant que son illustre titre princier « impliquait de nombreuses obligations. Pendant onze siècles, les Schakhovskoy avaient servi la Russie, participant à l'élection d'une nouvelle dynastie en 1613 et restant fidèles aux Romanoff en se distinguant par leurs actes de bravoure au service militaire ou leurs œuvres dans le domaine civil ».

Mais également en matière de philosophie russe qui lui tenait à cœur, et dont il estimait que « l’histoire était presque toujours une quête de Dieu. L'étude de la pensée russe, tout comme celle de l'histoire de la Russie, ne peut faire abstraction de la spiritualité. Qu'est-ce qui a sauvé et soutenu les Russes à travers les siècles ?

Une mentalité eschatologique : tous, du simple citoyen au tsar, se tournaient vers l'avenir et méditaient sur le Salut ; à la lecture de la littérature russe ancienne, on constate que dans chaque texte, la pensée religieuse est intimement liée aux préoccupations relatives à l'humanité et à la vie. Il s'agit donc non seulement de littérature, mais aussi de philosophie. Prenons par exemple le « Sermon sur la Loi et la Grâce » du métropolite Hilarion de Kiev, ainsi que les œuvres de Vladimir Monomaque. J'ai moi-même été profondément marqué par les écrits du prince Kourbski, fondateur des concepts de « Terre sainte russe » et de « Sainte Russie »…

Par son enseignement, ses publications et son engagement au service de l’histoire et de la culture, le prince Dimitri Schakhovskoy a été un passeur entre deux mondes, un homme qui a su conjuguer la rigueur universitaire, l’engagement ecclésial (il était membre du conseil diocésain de l'exarchat patriarcal orthodoxe russe en Europe occidentale) et le sens du devoir envers l’héritage culturel russe en France, particulièrement dans son aspect généalogique nobiliaire.
Mémoire éternelle ! Вечная память ! R.I.P. - goian bego.

(*) Préface du prince Dimitri Schakhovskoy pour

« La tournée des Grands-Ducs – Les Russes sur la Côte atlantique »

Le Pce Schakhovskoy, préfacier de mon livre, parmi les VIP du gala Biarritz-Pétersbourg, mai 1994 au Palais

Le Pce Schakhovskoy, préfacier de mon livre, parmi les VIP du gala Biarritz-Pétersbourg, mai 1994 au Palais

Préface

Voici un livre exceptionnel par l’originalité de son propos et la galerie des personnages qu’il nous présente. Depuis quelques années, nous observons un regain d’intérêt à l’égard de la Russie pour diverses raisons, et plus particulièrement peut-être à cause de l’anniversaire de l’Alliance franco-russe. Déjà quelques ouvrages ont vu le jour, mais aucun ne restitue véritablement l’atmosphère de leur vie quotidienne au-delà des habituels clichés.

En ce qui concerne le passé, on se plaît à évoquer Anne de Russie, reine de France, ou encore la visite de Pierre le Grand à Paris, et c’est à peu près tout. La plume alerte d’Alexandre de Miller de La Cerda témoigne d’une autre ambition.

Il prend la vie à bras le corps, et anime son récit en se limitant à une région qui lui est chère à plus d’un titre, ne serait-ce que par ses traditions familiales.

Sa sensibilité russe et basque le conduit à privilégier les contacts humains. Il commence son évocation en campant la figure d’un Basque du nom de Vrolicq fondateur de la première compagnie commerciale franco-russe, et dépeint le voyage de Potemkine à Irun, Bayonne et Bordeaux en 1668, sans doute l’une des premières ambassades envoyées de Russie en France. Puis l’auteur nous fait découvrir toute une série de figures attachantes qui ont donné du lustre à Biarritz et sont entrées dans son histoire. Ce sont des visiteurs, mais aussi des personnages pour qui cette ville est devenue une nouvelle patrie.

Il faut rendre hommage à Alexandre de Miller de La Cerda en tant qu’historien. Il est sans doute le premier à avoir accordé autant d’attention aux sources locales.

Il ne s’est pas contenté des mémoires des visiteurs russes en France. Après avoir dépouillé la presse locale, il a confronté les témoignages, a tantôt exhumé des faits oubliés, tantôt rétabli la vérité. A partir de fragments de mosaïque, toute une fresque de plus d’un siècle a été reconstituée: l’époque de l’Empire, la société russe et les années folles, la période contemporaine.

Que le lecteur soit prévenu. Il sera projeté dans un monde particulier, qui n’est pas seulement un monde de festivités, mais dont souvent les préoccupations sont spirituelles et les desseins charitables. L’Eglise Russe de Biarritz, qui s’est inscrite dans le paysage de la cité, en est la meilleure preuve. Chaque page tournée, au-delà des quelques lignes qui présentent chacune des périodes examinées, nous met en présence d’un passé sans lequel le présent ne serait pas tel qu’il est. Au lecteur de découvrir les destins et les réalités qui ont fait Biarritz. Grâce à ce livre attachant, les historiens chevronnés, les étudiants, le grand public y trouveront leur compte, ils auront l’impression de revivre avec l’auteur les grandes heures d’une épopée extravagante, généreuse et toujours émouvante.

Prince Dimitri Schakhovskoy
Professeur de littérature et de civilisation russes à
l’Université de Haute Bretagne (Rennes 2)
et à l’Institut de Théologie orthodoxe Saint-Serge à Paris,
Secrétaire de l’Exarchat
 du Patriarcat de Moscou.

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