Concerts, conférences, musiques, expositions, cinéma, littérature, poésies, philosophie, spiritualité, critiques artistiques, patrimoine, gastronomie et actualités culturelles : parce qu'un média libre n'a pas de prix, le site Baskulture et La Lettre du Pays Basque ont été créés pour rappeler le passé et éclairer l'avenir
Article du 10 avril 2026 dans Baskulture
Lors de sa conférence jeudi 9 avril dernier au musée Historique de Biarritz, l’historien d'art et conservateur honoraire du Musée Basque Olivier Ribeton, également président de l'association de la collection Gramont et ami du duc Antoine XIII, a présente son tres bel album sur cette véritable dynastie, une passionnante épopée a travers les siècles publiée aux éditions Cairn.
Dans la première partie de son ouvrage, Olivier Ribeton décrit le décor du château de Vallière entre 1975 et 1980, dans une seconde partie, il étudie cinq siècles de portraits historiques au fil de la collection Gramont.
Originaires de Bidache en Navarre depuis le XIIème siècle, les seigneurs de Gramont font partie d’une des plus anciennes familles d’Europe. Tout d’abord maires, puis capitaines et gouverneurs de Bayonne, ils y régnèrent de 1496 a la Révolution française de 1789. Parmi leurs illustres ancêtres, les Gramont comptèrent un cardinal-archevêque et un archevêque. Ils résidèrent au Château-Neuf au XVème siecle, puis au Château-Vieux a partir de la fin du XVIème siècle. Le duc Antoine X diplomate et homme d'Etat, fut le premier à définir un statut juridique a la succession des Gramont.
Au XXème siècle, lors de la vente de son château néo-classique de Vallière construit par le duc Antoine XI a Mortefontaine dans l’Oise, son aïeul le duc Antoine XIIIème Armand et son épouse Odile de Lenoncourt héritèrent de la garde de la collection Gramont composée de cent-quarante-quatre tableaux de grands maitres de la peinture du XVIème au XXème siècle.
Signés pour certains par d'illustres maitres, tels ceux de l’Ecole de Clouet, Nicolas Mignard, Bon Boullogne, François de Troy, François Gerard, Thomas Lawrence, Paul-César Helleu, Philip Alexius de Lazslo, s’y ajoutent quarante œuvres graphiques dont des gravures, des pastels et des dessins, ainsi qu’une trentaine de portraits sculptés du XIXème siècle, dont Napoléon III, le chevalier Alfred d’Orsay.
S’ajoute également à la collection : une exceptionnelle tapisserie de Beauvais aux armes du maréchal de Boufflers et de son épouse née Gramont. Sans omettre du mobilier ainsi qu'une série de couvertures brodées aux armes des Gramont, portées sur les flancs des chevaux du maréchal de Gramont, ambassadeur du roi de France à Madrid lors du mariage de Louis XIV. Effectivement, l’ambassadeur de Louis XIV, Antoine III, voyageait dans son carrosse escorte de six chevaux et douze mules portant des couvertures brodées aux armes des Gramont et charges de présents destines aux jeunes maries.
Après la vente du château de Vallière en 1981 par le duc Antoine XII, il fallut trouver un écrin pour la collection, Le château de Bidache étant en ruines suite à la Révolution ainsi qu’un incendie, la solution était d'entreposer la collection à Bayonne.
Finalement le maire de Bayonne Henri Grenet et la famille Gramont avaient signé un protocole d’accord en 1988 afin que la collection puisse reposer au Château Neuf à Bayonne. Malheureusement, l’ancien élu dut abandonner le projet de l'exposer au public pour se consacrer a la restauration urgente du Musée Basque.
Par manque de place durant les travaux du musée qui utilisa prioritairement les réserves du château Neuf, la collection Gramont fut reléguée provisoirement dans les réserves du château de Pau ou une exposition de quelques portraits sera organisée. Puis la collection fut rapatriée a Bayonne suite aux protestations d'Olivier Ribeton et de la famille.
Durant plus d'une trentaine d'années, Olivier Ribeton se sera démené afin que l'on puisse trouver un écrin pour exposer la succession à Bayonne. Afin de sensibiliser le public sur la valeur de ce patrimoine, ce dernier publia en 1992 un premier ouvrage « Les Gramont, portraits de famille du XVIème au XVIIIème siècle », édite chez J&D aujourd‘hui épuise.
Puis le conservateur organisa deux intéressantes expositions "La Paix des Pyrénées" (2016) ou figurèrent plusieurs portraits et une des séries de couvertures aux armes du duc fameuse et "Un air de famille, les portraits d'enfants Gramont" (2019) au musée Basque.
Aussi l’extension du musée Bonnat-Helleu - ouvert en novembre dernier après 14 ans de travaux et de nombreuses tergiversations - fut une excellente opportunité pour l’ancien conservateur. Ce dernier réussit a placer plusieurs portraits prestigieux aujourd’hui exposes sur le parcours le plus en vue du musée. Le reste de la collection figure dans les réserves.
Pas encore encadré, placé parmi les intéressantes effigies le grand portrait en pied (170x120cm) a l’huile date 1580 représentant Diane d’Andoins (1554-1621) surnommée Corisande, comtesse de Guiche et de sa fille Catherine (née environ en 1574), toutes deux vêtues de vertugadins : il fascine par la rigueur sombre des costumes a l’espagnole. Attribué à Juan Pantoja de la Cruz (1553-1608), il entretient cependant un doute : ce portrait n’aurait-il pas été réalisé par la talentueuse Sofonisba d'Anguissola (1531/32-1626) à l’esthétique plus maniériste, peintre de Cour très en vogue et qui avait séjourne a Bayonne ? En collaboration avec le musée Bonnat-Helleu, l’équipe du musée du Louvre, intéressée par le sujet, nous apportera sans doute la bonne réponse !
« La collection Gramont, de Vallière à Bayonne », par Olivier Ribeton, Cairn éditeur, 216 pages avec belles illustrations en couleur éditée chez Cairn, Prix : 34,50 €