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En tant que consul (h) de Russie dans le Sud-Ouest, j’avais participé il y a quelques années à la commémoration de l’Armistice du 11 novembre au cimetière national de La-Teste-de-Buch et au dépôt d’une gerbe aux couleurs de la Russie par les enfants de l’école russe de Bordeaux-Caudéran, en compagnie du maire de La-Teste-de-Buch, du Commandant de la Base aérienne de Cazaux, de Ludovic Banas, directeur à Bordeaux de l'Office national des anciens combattants.
Créé en juillet 1916, le cimetière national de La-Teste-de-Buch, situé au lieu-dit Natus-de-Haut, regroupe les restes de combattants décédés à l’hôpital du camp d’instruction du Courneau accueillant initialement des troupes coloniales puis, à partir de 1917, des troupes russes : 8000 Russes y avaient été cantonnés à l’automne 1917, dont une douzaine enterrés sur place, ainsi que des Américains, à partir de juillet 1918. Situé dans une forêt de pins en bordure de la base de Cazaux, c’est actuellement un mémorial-ossuaire élevé en 1967 sur les dépouilles exhumées des militaires. Très belle cérémonie militaire, prise d’armes impeccable et remarquable organisation du professeur Michel Grand (hélas disparu l’année dernière) qui animait avec son épouse Elena Modebadze l’école russe de Caudéran, et que j’avais remercié de tout cœur pour leur action au bénéfice de la culture russe et de l’amitié franco-russe.
Dans mon intervention, j’avais également rappelé que malgré Clemenceau, opposé à l'Alliance franco-russe (en 1893) car instrumentalisé par la Grande-Bretagne et loin de présumer le sacrifice de l’armée de Nicolas II en Prusse-Orientale pour y fixer les troupes allemandes et les empêcher de prendre Paris en 1914, le « miracle » des Taxis de la Marne, alors que les troupes allemandes volaient de succès en succès en France, sera dû à l'entrée en action vitale de l'allié russe.
Ainsi que le rôle encore plus considérable joué par la Russie dans le sort de la bataille de Verdun qui, certes, prédétermina grandement la défaite de l’Allemagne dans la 1ère guerre mondiale, mais dont l’issue au profit de la France avait été décidée dans une mesure décisive par la « percée Broussilov » de juin 1916.
Sur le plan des rapports russo-français, la « percée Broussilov » fut une brillante illustration de « l’entente cordiale » entre la France et la Russie, qui se forma à la fin du XIXe siècle.
A ce propos, il convient d’évoquer ceux des Russes qui, résidant en France pendant la guerre, ne combattaient pas sur le Front : ainsi, au Grand-Hôtel de Biarritz, le médecin russe Jacques de Poliakoff avait fondé de ses propres deniers un centre d’un secteur chirurgical de quatre formations pouvant recevoir et traiter sept cents blessés. Aidé par le Docteur Bandaline, son collaborateur immédiat, nommé codirecteur de l’Hôpital par le Ministre de la Guerre, le Docteur de Poliakoff avait installé là un service médical et chirurgical de premier ordre comportant toutes les conquêtes de la science moderne. En une seule année, six cents opérations y avaient été pratiquées sans qu’un seul cas d’infection postopératoire s’y soit révélé. D’ailleurs, les docteurs de Poliakoff et Bandaline furent promus, le premier, Commandeur, et le second, Officier de la Légion d’Honneur.
Et ces rappels historiques nous imposent également une pensée en souvenir de l’empereur de Russie Nicolas II qui fut l’ardent artisan de cette aide russe, et sa famille le paya de manière tragique à la révolution de 1917, il y a un siècle. Or, partisan de la paix - Nicolas II est à l’origine du tribunal international de La Haye - c’est sous son règne que la Russie avait réalisé un grand bond économique en avant, en effectuant toute une série de réformes efficaces, en augmentant sa population et son potentiel de défense. Si la Première guerre mondiale et la révolution n’avaient pas eu lieu, la Russie se serait retrouvée parmi les leaders économiques, militaires et politiques du monde, au dire de nombreux experts économiques internationaux.
Malgré des enjeux nouveaux et une situation internationale complexe, le rappel des enseignements de la 1ère guerre mondiale ne semble guère superflu.