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Après le succès des corridas pendant les Fêtes de Bayonne - fréquentation record avec des assistances jamais vues depuis des années aux arènes place à la Feria de l’Atlantique du 29 au 31 août :
- Vendredi 29, 18h30, corrida goyesque bleue de Zacarias Moreno pour Morenito de Aranda, Juan Ortega et Andrés Roca Rey (notre photo).
- Samedi 30, 11 heures, novillada de Montecillo pour Pedro Luis, Cristiano Torres, et Martin Morilla. À 18 h 30, corrida des promesses d’Arauz de Robles pour Juan de Castilla, Dorian Canton, Victor Hernandez, Molina, et Rafael Serna.
- Dimanche 31, 11 heures, novillada non piquée. À 17 h 30, corrida de clôture de Buenavista pour Antonio Ferrera, Manuel Escribano et Juan Leal.
- Réservations à la billetterie des arènes, au tél. 09 70 82 46 64, à l’adresse :
arenes@bayonne.fr et sur https://arenes.bayonne.fr/
Immersion dans le Grand Bleu
Les arènes seront habillées d’un bleu inspiré par l’œuvre du peintre Joan Miró : en 1925, alors que sa production comptait de nombreuses compositions sur fond bleu, Joan Miró (1893-1983) peignit « la couleur de ses rêves » (conservé au Metropolitan Museum of Art) qui attribuait explicitement à la couleur bleue, présente là sous la forme d’une tache sur fond blanc, une portée toute particulière.
Et plusieurs décennies plus tard, installé dans le grand atelier construit pour lui en 1956 par son ami architecte José Luís Sert à Palma de Majorque, il pouvait enfin « dépasser la peinture de chevalet » en « se rapprochant, par la peinture, des masses humaines auxquelles il n’avait jamais cessé de songer ».
Et c’est dans ce vaste espace qu’il réalisa ces trois « Bleu », toiles « immersives » aux dimensions monumentales, où résonnaient tant son admiration pour l’expressionnisme abstrait découvert en 1947 aux États-Unis.
Sauf qu'à Bayonne, dans ces « fonds plus ou moins denses, plus ou moins vibrants des étendues bleues », ce ne seront ni « l’éloquence du silence » ni la « musique muette » rêvées par le peintre, mais bien toute l'éclatante animation musicale et colorée d'une Corrida goyesque qui jaillira des Arènes !
Avec Goya en exergue
Unique en son genre, la "corrida goyesque" – l’un des temps forts de la Côte basque – inscrit la tauromachie dans un spectacle alliant également arts plastiques, musiciens et chanteurs.
Une "corrida goyesque" ? Parce que les toreros y utilisent des costumes similaires à ceux en vigueur à l'époque de Goya : les paillettes sont quasiment absentes, les seules décorations étant des broderies…
Et à propos des liens de Goya avec le Pays Basque, voici un extrait d'un chapitre que j'avais écrit pour le bel album sur la peinture basque de Michel de Jauréguiberry (ed. Pimientos) : « C‘est sans doute le malheur des nations ou des peuples sans Etat que de voir souvent ignorés les trésors culturels produits par leur génie propre. Et l'on ignore généralement le Navarrais Juan de Gasco qui exerça surtout en Catalogne au XVe siècle, le Biscaïen du XVIe Francisco de Mendieta dont on connaît le « Serment des Fors de Biscaye par Ferdinand le Catholique », ou le Guipuzcoan Baltasar de Echave qui œuvra à la même époque au Mexique. Et surtout, leur compatriote Ignacio de Iriarte dont les paysages qui constituèrent plus d’une fois le fond des toiles de Murillo faisaient l’admiration de ce dernier.
Pour mémoire, indiquons encore que Goya était d’une ascendance basque : ses grands-parents avaient quitté leur Guipuzcoa natal pour aller travailler en Aragon.
Etait-ce le souvenir de récits familiaux concernant les procès de sorcellerie au Labourd et dans la Navarre proche, au début du XVIIe siècle ? Ou bien son amitié avec le financier bayonnais François Cabarrus, dont la sœur était mariée à un Haraneder, propriétaire de la « Maison de l’Infante » à Saint-Jean-de-Luz, et dont le secrétaire, Leandro Fernandez de Moratin, expert ès-sorcellerie, deviendra un intime de Goya et le suivra en exil en France ? Peut-être Goya s’était-il attardé dans « la cathédrale du diable » à Zugarramurdi, en franchissant les Pyrénées ? Toujours est-il que, bien avant ses célèbres « peintures noires » d’où sourd l’hallucinante fureur du « Pré au bouc », l’« Aquelarre » des scènes de sorcellerie et de mythologie basques avait déjà inspiré Goya. En particulier, un « Aquelarre » qu’il peignit entre 1797 et 1798 pour la maison de plaisance des ducs d’Osuna aux environs de Madrid. Dans toute cette production, on retrouve l’assemblée des « sorgins » autour d’un akerra « satanisé » et, dans « Asmodea », l’envol vers le sabbat avec au fond le profil caractéristique de la montagne des « Trois Couronnes » vue de la Rhune ».