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Concerts, conférences, musiques, expositions, cinéma, littérature, poésies, philosophie, spiritualité, critiques artistiques, patrimoine, gastronomie et actualités culturelles : parce qu'un média libre n'a pas de prix, le site Baskulture et La Lettre du Pays Basque ont été créés pour rappeler le passé et éclairer l'avenir

Cinéma : Amour (119’) - Film norvégien de Dag Johan Haugerud par Jean-Louis Requena

Cinéma : Amour (119’) - Film norvégien de Dag Johan Haugerud par Jean-Louis Requena

Oslo capitale de la Norvège. Heidi (Marte Engebrigtsen), guide un groupe de touristes autour du monument emblématique de la ville : Rädhuset, l’hôtel de ville, un des symboles de la capitale. Elle commente longuement les bas-reliefs qui ornent les façades de l’édifice. Ses exégèses très orientées sur l’aspect sexuel de ceux-ci, à l’évidence peu crédibles, déroutent l’auditoire. Elle n’est pas convaincante ! Au terme de la visite, elle rencontre son amie, Marianne (Andrea Braein Hovig), une oncologue de l’hôpital d’Oslo. Elle lui fait part de son incertitude concernant son projet commémoratif de la capitale, en concurrence avec d’autres propositions, plus ambitieuses. Elle manque de moyens.

Dans son hôpital Marianne passe des consultations : elle annonce sans trop de précautions, dans un discours technique, difficilement compréhensible, les mauvaises nouvelles à ses patients angoissés. Tor (Tayo Cittadella Jacobsen), l’infirmier qui assiste aux entretiens, tente de la dissuader de poursuivre son manque d’empathie envers ces derniers. Heidi a invité Marianne à une réunion de travail en compagnie d’autres intervenants, chez Bjorn (Lars Jacob Holm) un géologue, afin de définir la stratégie de son projet de commémoration d’Oslo et de l’étoffer. Marianne n’est pas insensible à Ole (Thomas Gullestad), un barbu quarantenaire sympathique.

Après la réunion, sur le ferry du retour, elle rencontre Tor, son infirmier, qui lui avoue faire des allers-retours sur le navire afin de combattre son insomnie mais, également, de rencontrer des partenaires contactés sur un site internet dédié. Marianne avoue qu’elle-même, célibataire réclamée, cherche des opportunités sur des sites de rencontres.

A l’accostage du ferry, Tor et Marianne se quittent complices…

Amour du cinéaste norvégien Dag Johan Haugerud (60 ans) est le deuxième opus d’un ensemble cinématographique : La Trilogie d’Oslo qui comprend outre Amour (deuxième volet) Rêves (110’) et Désir (118’) respectivement premier et troisième volet. A l’origine le metteur en scène avait pour ambition de faire une série pour la télévision norvégienne puis il a abandonné l’idée en fabriquant trois films distincts réalisés en 2024. Il y propose une étude de mœurs de son pays à travers trois récits : primo Rêves, une jeune adolescente vit sa première histoire d’amour et bouscule les rêves de sa mère et de sa grand-mère ; secundo Amour, une médecin et un infirmier confrontent leurs regards sur l’amour et ses conventions ; tertio Désir, à Oslo, dans les rues, sur les toits ou à bord d’un ferry, on croise tous les visages de l’intime et de l’engagement. Notons que ces trois longs métrages sont distribués en France durant le mois de juillet 2025 et au-delà, de sorte que l’on puisse les visionner dans l’ordre ou dans le désordre, chacun développant un sujet unique avec des acteurs différents.

Dag Johan Haugerud est également romancier et scénariste de sorte que ses films antérieurs (six longs métrages) et particulièrement La Trilogie d’Oslo sont très structurés, sans « trou d’air ». Dans Amour, les dialogues sont abondants, brillants mais toujours en situation. Tous les personnages sont définis par leur profession : médecin, infirmier, géologue, psychologue, etc. Ils se débattent dans leurs contradictions, leurs interrogations, leurs devenirs. Ils demeurent crédibles, vrais, bien intègrés dans la société norvégienne, permissive et … riche (le Produit Intérieur Brut de la Norvège par habitant, est presque deux fois supérieur à celui de la France !). Il y semble qu’il soit interdit d’interdire. Ainsi les multiples façons d’aimer, la possibilité de choix éthiques semblent s’attaquer aux piliers de la société : le mariage, la fidélité, la monogamie, etc. Les personnages expriment leurs interrogations, leurs attentes, leurs frustrations dans de longs échanges verbaux. Sur l’écran, Le verbe remplace la chair dont il est question sans cesse et que l’on ne voit jamais : pas de scène « explicite » ! Cette dichotomie fonctionne à merveille et nous sommes entrainé dans les récits pluriels attachants, nonobstant la rudesse de la langue norvégienne (ce n’est pas une langue romane !).

Amour fait irrésistiblement penser au cinéaste français Éric Rohmer (1920/2010) pour l’abondance des dialogues mais avec des moyens techniques et financiers supérieurs (les œuvres du français étaient étiques, toujours spartiates) et l’utilisation de décors simples et réels. A cet égard la ville d’Oslo décrite comme une « Venise scandinave », offre au réalisateur de formidables plans fixes : jours ensoleillés, nuits illuminées, bâtiments majestueux (jour et nuit), instants magiques sur les fjords, etc. La nature, très prégnante dans la capitale norvégienne, est magnifiée.

Amour est également un film d’acteurs, tous remarquables et tous inconnus, du moins pour nous. Du coup, cela renforce la véracité, la crédibilité, des personnages puisqu’il n’y pas de phénomène d’identification à un comédien connu. C’est du pur cinéma fictionnel qui n’est pas biaisé par des artifices scénographiques : tous les protagonistes sont ancrés dans une existence personnelle, professionnelle, avec leurs désirs et leurs angoisses. En somme, ils s’interrogent : Que faire ?

Amour a été projeté en compétition officielle à la Mostra de Venise 2024. Rêves a obtenu l’Ours d’or à la Berlinale 2025

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