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31 Mai 2026
des préfets Daguerre et Delaunay, du poète Pierre Espil au consul La Cerda
La romancière Christine de Rivoyre & le préfet G. Delauney, 1973 / L’universitaire J-Cl. Larronde & A de La Cerda, 2024
C’est en 1956 qu’au cours d’un dîner à l’Hôtel du Palais surgit l’idée du Prix Littéraire des Trois-Couronnes, né de l’amitié de l’écrivain Pierre Espil avec le préfet Pierre Daguerre et son épouse Madeleine. Mais sa première édition se déroula en 1958 à Hasparren, dans le salon de la demeure des Espil, « en hommage à la mémoire de Francis Jammes ».
Et c’est peu de temps avant de disparaître, en septembre 2000, que Pierre Espil, dont ce prix littéraire constitua la passion de toute une vie, demanda à l’écrivain Alexandre de La Cerda de le continuer.
Ainsi, ce Prix Littéraire des Trois-Couronnes fut créé au Pays Basque à la fin des années cinquante par les membres du corps préfectoral Pierre Daguerre et Gabriel Delaunay, à l'heure où des inquiétudes littéraires et une éloquence fleurie embrassaient encore l'esprit de quelques grands commis de l'État qui, nonobstant les devoirs de leur charge, "laissaient faire" aux muses.
Bordelais d’ascendance basque, Pierre Daguerre, qui avait écrit plusieurs ouvrages, en particulier « Le roman d’une Infante » et « Croquis au pied des monts », une description poétique du Pays Basque, fut sous-préfet de Bayonne avant-guerre. C’est avec lui que Paul Dutournier, entre autres, avait négocié en 1937, en pleine guerre civile espagnole, le maintien à Sare de la chorale Eresoïnka contre le rapatriement de la fameuse aventurière Magda Fontanges qui, au dire des autorités françaises, était en train de flanquer la panique à Fontarabie au sein de l'état-major italien et espagnol ! On avait alors formé une association selon la loi de 1901 qui permit à Eresoinka de rester (légalement) à Sare et de rayonner avec succès dans le monde entier.
Une certaine connivence de plume leur adjoignit les poètes Pierre Espil et Louis Ducla, fondateur de l'Académie pyrénéenne, ce Prix Littéraire des Trois-Couronnes compta dans ses rangs, entre autres, Jean et Maurice Rostand, l’écrivain landais Willy de Spens, l’auteur régionaliste Philippe Veyrin, Jacques Lemoine, le fondateur du quotidien Sud Ouest, le Professeur Delay, maire de Bayonne, Pierre d'Arcangues, la princesse Galitzine, etc.
Ses deux présidents d’honneur furent membres de l’Académie Française : Léon Bérard et Pierre Benoît, et son premier président, l’écrivain béarnais Joseph Peyré.
Maurice Rostand par Helleu "à son cher Pierre Espil", lequel s’entretient avec Jean Rostand, mairie de Cambo, nov 1959
Parmi les fondateurs du prix, Jean et Maurice, les deux fils d’Edmond Rostand, l’auteur de Cyrano de Bergerac et le bâtisseur d’Arnaga à Cambo.
On les décrivait comme des adolescents dissemblables à l’époque d’Arnaga, qui se promenaient à cheval avec leur père ; l’aîné Maurice qui, sous ses cheveux dorés, semblait descendre d’une toile de Gainsborough, connut autant de déceptions que de succès littéraires. A la disparition de leur mère, la poétesse Rosemonde Gérard qu’il avait idéalisée sa vie durant, il se réfugia chez son frère pour y mourir en 1968, sans descendance.
Quant à son cadet Jean, plus timide et plus grave, en qui sommeillait déjà le scientifique, il demeura fidèle à Arnaga – jusqu’à la vente du domaine en 1922 – et à l’œuvre de son père, assistant à sa réouverture après que la mairie en eut fait l’acquisition quarante ans plus tard.
« Bien que né à Paris, c’est du Pays Basque que je me sens originaire. C’est en lui que plongent toutes mes racines spirituelles et affectives », rappelait-il, chaque fois qu’il retrouvait quelque document ou photographie qu’il destinait à l’actuel musée d’Arnaga.
Les travaux scientifiques de Jean Rostand font encore autorité : enfant, le célèbre biologiste donnait libre cours à sa passion des insectes, vautré au fond des jardins d’Arnaga à fouiller éperdument le sol – « armé d’un couteau de table à manche de vermeil pris dans quelque écrin de la salle à manger familiale », se rappelait un intime des Rostand.
Il avait découvert à l'âge de dix ans les « Souvenirs entomologiques » de Jean-Henri Fabre. Après des études scientifiques, il participa à la création de la section de biologie au Palais de la Découverte, en 1936, avant de fonder à Ville-d'Avray son propre laboratoire indépendant.
Très intéressé par les origines de la vie, il étudia la biologie des batraciens (grenouilles, crapauds), l'action du froid sur les œufs, et mena de multiples recherches sur l'hérédité. Ce n’est pas pour rien que sur le pommeau de son épée d’académicien conservée à Arnaga… Figure une grenouille !
Parmi les autres personnalités intéressantes qui avaient participé au Prix des Trois Couronnes, à ses débuts, il convient encore de citer l’écrivain landais Willy de Spens qui avait commencé sa carrière littéraire dans le journalisme, avant d’écrire des romans, récompensés par plusieurs prix littéraires. La famille de Spens était venue en France en 1450 sous Charles VII. Patrick de Spens fut envoyé par le Roi d'Ecosse en tant que commandant de la garde du corps des 24 gentilshommes écossais mis à la disposition de Charles VII par James II d'Ecosse, suite au mariage de sa fille avec le dauphin. Ce mariage avait été négocié par l’archevêque écossais Thomas de Spens, frère aîné de Patrick.
Patrick de Spens épousa en 1466 une fille du baron landais d'Estignols, lieutenant du sénéchal des Lannes, avant d’être investi, lui-même, de la garde pour le roi Louis XI au château de Saint-Sever.
J-M. Commenay, député-maire de St-Sever, et le sénateur Bouneau – Le sénateur Max Brisson et le député Vincent Bru
Sur ces photos, distantes de plus d’un demi-siècle, deux assemblées du Prix des Trois-Couronnes : à gauche, en 1968, avec Me Jean-Marie Commenay, député-maire de Saint-Sever, en compagnie du sénateur-maire de Grenade-sur l’Adour Pierre Bouneau – à droite, au château d’Arcangues, il y a quelques années, avec le sénateur Max Brisson et le député Vincent Bru…
Un autre landais célèbre fut très assidu à toutes les manifestations du Prix littéraire des Trois-Couronnes : précisément, à propos de Saint-Sever où s’était établie au moyen-âge la famille de l’écrivain Willy de Spens, comment ne pas se souvenir de son maire Jean-Marie Commenay, également élu député de la troisième circonscription des Landes de 1958 à 1978.
Cet avocat fut, en tous points, un homme fascinant. Son art oratoire, dans la grande tradition, souvent perdue de nos jours, d'un Mirabeau, embrasait les auditoires.
Mais Jean-Marie Commenay fut aussi un défenseur passionné du terroir, des traditions et de la langue gasconne, sans oublier le rugby et la course landaise.
Rappelons encore que ce Prix des Trois-Couronnes récompense, chaque année, les ouvrages ayant pour sujet le Pays Basque ou la Gascogne, de même que les auteurs originaires de ces régions.
Parmi les nombreux auteurs à qui il fut attribué en près de soixante-dix ans d’existence, figurent Christine de Rivoyre en 1973 ou Bernardo Atxaga en 1995 sans oublier l’universitaire grand spécialiste de Pierre Loti, Yves La Prairie.
Sous le signe de Pierre Loti
Précisément, bien des années auparavant, à l’initiative du jury des Trois Couronnes, un monument en mémoire de Loti avait été inauguré à Hendaye en présence de son fils Samuel Viaud : « sous une splendide lumière, après des danses basques et l'exécution de chœurs par des groupes folkloriques, Clarisse Loti-Viaud, la charmante arrière-petite-fille de Pierre Loti, dévoila le monument : un expressif médaillon, une très sobre inscription, deux fresques modulées dans la pierre. Loti eût aimé le piquet de marins figés au garde à vous durant la cérémonie ; il eût goûté la grâce de l'adolescente issue de son sang »...
En présence de Laurent Pardo, maire d'Hendaye, de Gabriel Delaunay, préfet de la Gironde, et de nombreuses personnalités des Lettres et des Arts, dont l’écrivain Pierre Benoit, ainsi que des « Amis de Pierre Loti », c'est sous le signe de l’auteur de « Ramuntcho » que fut ensuite décerné, dans la salle d'honneur de l'Hôtel de Ville, le Prix des Trois Couronnes. Le Président du jury, Pierre Daguerre, n'avait pas manqué de fleurir la stèle consacrée au souvenir de Loti.
Pierre Espil, l’âme du Prix des Trois-Couronnes
Pierre Espil dédicaçant ses ouvrages aux "Mardis de l’Histoire" du Casino de Biarritz / et proclamant les lauréats du Prix
Depuis la fondation du Prix en 1956/58, jusqu’aux ultimes moments de sa vie, Pierre Espil en fut véritablement la pierre angulaire, l’âme ; et l’organisateur efficace des journées de remise du prix aux lauréats, dont la dernière "façon Espil" eut lieu en 1998 à Biarritz. En ce quarantième anniversaire, furent lauréats Guy d'Arcangues pour l'ensemble de son œuvre, Geneviève Chauvel pour son roman historique "Inoubliable Eugénie", et Alexandre de La Cerda pour sa trilogie consacrée à Biarritz.
Quant au nom même du prix, il évoque la montagne qui servit en quelque sorte de borne frontière entre les trois Couronnes de France, de Navarre et de Castille, et d’écrin pour la signature de la Paix des Pyrénées il y a 350 ans. L’ascension des « Trois Couronnes » par Maurice Ravel à l’été 1911 lui aurait inspiré sa composition jamais achevée « Zazpiak Bat ».
Nous publierons prochainement la liste des lauréats qui seront réunis pour un nouveau palmarès le samedi 13 juin prochain à 18h30 dans le grand salon d’Arnaga à Cambo.