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B    a    s    k    u    l    t    u    r   e      -   La Lettre du Pays Basque

Concerts, conférences, musiques, expositions, cinéma, littérature, poésies, philosophie, spiritualité, critiques artistiques, patrimoine, gastronomie et actualités culturelles : parce qu'un média libre n'a pas de prix, le site Baskulture et La Lettre du Pays Basque ont été créés pour rappeler le passé et éclairer l'avenir

L'impératrice Eugénie et Biarritz, messe du bicentenaire de sa naissance à la Chapelle impériale

L'impératrice sur un rocher à Biarritz par Émile Defonds (1858)  @ Château de Compiègne / Jean-Gilles Berizzi

L'impératrice sur un rocher à Biarritz par Émile Defonds (1858) @ Château de Compiègne / Jean-Gilles Berizzi

À l’occasion du bicentenaire de la naissance de l’impératrice Eugénie (1826-1920), une messe avait été célébrée mardi 5 mai à la chapelle Impériale par l’abbé don Vincent Morandi et rehaussée du merveilleux accompagnement à l'harmonium du titulaire des orgues de Biarritz, Laurent Riboulet de Sabrac.
Beaucoup de monde - dont le nouvel adjoint à la culture Joël Cazaux - était venu rendre hommage à celle qui fut à l’origine de la création de la station balnéaire.

L'impératrice Eugénie et Biarritz, messe du bicentenaire de sa naissance à la Chapelle impériale

Il y a six ans, lors du centenaire du décès de l’impératrice Eugénie, une exposition fut organisée par les commissaires de l’exposition et collectionneurs bayonnais Gilles Schmidt Lissarague et Bernadette Schmidt-Burn au musée historique de Biarritz.

A travers un parcours inédit (1854 à 1868), ponctué de rencontres et d’une galerie de portraits méconnus ou célèbres, issus de la collection du couple Schmidt, s’ajoutaient ceux du Musée Historique de Biarritz et du Musée d’Arenenberg (Suisse) ainsi que des prêts de particuliers, peintures, lithographies, gravures, bustes, portraits, épées de cérémonie, médailles, objets… et des pièces exceptionnelles telles que le prestigieux canapé du wagon impérial (1860), ou encore des tissus très rares datant de l’époque du Second Empire retraçant la vie de l’impératrice Eugénie à Biarritz.

Originaire d’Andalousie, Eugénie de Montijo était née le 5 mai 1826 à Grenade. Son père Cipriano de Palafox y Portocarrero comte de Téba, puis de Montijo (1784-1839) franc-maçon et « afrancesado », avait été écarté du pouvoir par Ferdinand VII pour avoir soutenu et servi Joseph Bonaparte lors de la guerre d’Indépendance (1808- 1813) en Espagne). En 1817, il avait épousé la mère d’Eugénie, Maria Manuela Kirkpatrick de Closburn, elle-même fille d’un riche négociant libéral écossais à Marbella. Sa sœur Catherine était mariée au diplomate bayonnais Matthieu de Lesseps dont le fils Ferdinand sera le célèbre ingénieur qui construisit du canal de Suez.

Trois enfants naîtront suite au mariage des comtes de Montijo :
- Francisco Palafox Portocarrero et KirkPatrick, décédé très jeune.

- María Francisca Palafox Portocarrero et Kirkpatrick, l’aînée, surnommée Paca, qui hérita d’une grande partie des titres de la famille, épousa le 15ème Duc d'Albe.
- María Eugenia Palafox Portocarrero et Kirkpatrick qui épousait en 1853 Napoléon III à Notre-Dame-de-Paris.

Le mariage fut organisé par la mère d’Eugénie et de Prosper Mérimée. Lors de ses séjours en Espagne, cet historien, inspecteur général des monuments historiques et ami de la famille, s’était pris d’une réelle affection pour cette jeune adolescente assez vive pour son âge, qu’il présenta plus tard au prince impérial.

Accompagnée de sa mère, Eugénie jeune fille, prenait habituellement les eaux à Eaux-Bonnes et autres cités thermales des Pyrénées avant de se rendre sur la Côte Basque non loin de la frontière.

Aussi un an seulement après le mariage impérial, le couple séjourna à Biarritz, accueilli dans la Villa Gramont de Jules Labat (1819-1914), maire de Bayonne, conseiller général des Basses Pyrénées, et futur député bonapartiste (lié aux comtes de Coral).

C’est dans ce premier écrin qu’avait germé le projet de construire une résidence impériale entourée d’un parc à l’anglaise. Un lieu idyllique qui portera le nom d’Eugénie !

Dès 1854, l’architecte Hippolyte Durand (1801- 1882), architecte du département des Basses-Pyrénées, édifia un premier corps de bâtiment pourvu de deux ailes à l’image d’un château à la française du XVIIème mélangeant briques et pierres.

Seulement un an après le début de sa construction, suite à des malformations, Hippolyte Durand fut remplacé. Lui succéderont Louis-Auguste-Léodar Couvrechef (1827-1858) décédé prématurément, Gabriel-Auguste Ancelet (1829-1895) architecte en titre du château en 1864 puis Auguste Lafollye (1828-1891) architecte des châteaux de Biarritz, Pau et Arteaga.

Suite à la naissance du prince impérial en1856, une seconde tranche de travaux fut envisagée. L’architecte Ancelet ajouta une aile en rez-de-chaussée formant ainsi un « E » vue de dessus à la mémoire d’Eugénie. Une troisième étape surélèvera le bâtiment.
Evoquant également le souvenir de l’impératrice, quatre médaillons en cartouches sur les murs de l’aile droite résument sa généalogie.

Entre 1854 et 1855, 14 terrains en bordure de la mer furent acquis afin d’y déployer le parc de la demeure impériale. Suite à la réalisation des bains, la promenade, qui enjambait le ruisseau, fut prolongée jusqu’à l’extrémité de la plage sous sa forme actuelle. Ainsi fut créée la "plage de l’Impératrice", (rebaptisée "Grande Plage" sous la IIIe République) qui donna naissance à la villégiature de Biarritz.

Très pieuse, l’impératrice fit construire en 1864 un lieu de culte sur la propriété. Elle émit le vœu d’élever une chapelle dédiée à la Sainte Patronne du Mexique en gage de futurs succès de l’armée française au Mexique.

 

Eugénie de Montijo conseillée par son fidèle ami Mérimée, avait choisit de faire appel à l’architecte Emile Boeswillwald, disciple de Viollet-le-Duc afin de l’édifier dans le style romano-byzantin aux accents andalous. Comme pour la villa Eugénie, à droite sur la façade principale de la chapelle, fut sculpté le blason des Guzman et Palafox, comtes de Teba y Montijo, à l’origine de la famille d’Eugénie (et en mémoire de santo Domingo de Guzman).

Inaugurée une dizaine d’années après le Palais, cette chapelle privée, entourée à l’origine d’un parc, était reliée directement à la Villa Eugénie par un pont de bois au-dessus d’un cours d’eau, recouvert depuis lors pour créer la rue Reine Victoria.

Eugénie et les arts

Imaginative et artiste, Eugénie fut très attentive à la décoration de cette chapelle devenue un joyau.

Au palais à Biarritz et dans ses autres demeures, elle fit entrer la nature dans les intérieurs superposant les plantes vertes sur des plateaux de fer forgé en forme pyramidale. Cette débauche de verdure trônait au cœur dans les salons dont les fauteuils capitonnés de velours ou de damas et de mobilier d’ébène Boule étaient marqueté d’écaille de tortue et de bois de précieux - violette, amarante, incrustés d’émail ou de nacre aux montures de bronze doré. Sur les consoles étaient disposés des vases bleu violacé de Sèvres accueillant ainsi les personnalités politiques, l’aristocratie, les artistes...

A l’image de Marie-Antoinette qu’elle admirait, l’impératrice Eugénie avait favorisé la mode vestimentaire. Imitée par toutes les mondaines, elle portait des capelines sur des robes à crinoline ornées de dentelles, diadèmes et tourbillon de perles et diamants le soir des bals. Quelques années plus tard, les couturiers et les couturières en vogue viendront chercher leurs inspirations, les modes du lendemain à Biarritz.

Dans les salons d’apparat trônaient les célèbres portraits en pied du couple signé de leur peintre préféré Franz-Xaver Winterhalter.

Aussi l’impératrice Eugénie avait su déceler certains talents artistiques dont elle favorisera la vocation dont celle du portraitiste bayonnais Léon Bonnat par l’achat de ses tableaux dès 1864, qui contribuera à « lancer » l’artiste.

Témoignant de sa vocation artistique, une miniature représentant une ferme du pays, avait été dessinée au crayon par Eugénie.

Emile Defonds, peintre photographe réalisa en 1858 un remarquable portrait à son effigie. Assise sur un rocher face à l’Océan au milieu d’un ciel tumultueux, un rayon de lumière éclaire le profil d’Eugénie pensive. Au loin on aperçoit, la plage et l’imposante villa Eugénie.

Comme prémonitoire, ce tableau annonçait les tumultes futurs. La guerre contre la Prusse s’acheva par la défaite de la bataille terriblement meurtrière de Sedan en 1870 et l’emprisonnement de Napoléon III. L’Empire fut renversé au profit de la République. Le couple impérial se réfugie en Angleterre.

Très affaibli depuis déjà de nombreuses années par la maladie de la pierre, Napoléon III décéda le 9 janvier 1873 à Chislehurst. Aussi les malheurs se succéderont pour la pauvre impératrice qui sera éprouvée par le décès, le 1er juin 1879, de son fils, massacré tragiquement par les Zoulous en Afrique du Sud. Il fut inhumé aux côtés de l’empereur à Chislehurst.

La dernière souveraine des Français se sépara du domaine de Biarritz trop chargé de souvenirs.

Vers la fin de sa vie, l’impératrice quitta l’Angleterre pour s’installer auprès du duc d’Albe, le neveu de sa sœur décédée, la duchesse d’Albe, au palais de Liria à Madrid où elle s’éteignit à l’âge de 94 ans. Son corps, rapatrié en Angleterre, rejoignit le caveau où ceux de Napoléon III et du Prince impérial Louis-Napoléon avaieent été transférés, depuis Chislehurst, dans la crypte de l'église abbatiale de Saint-Michel fondée par l’impératrice Eugénie.

Dernier outrage subi même après sa mort, le diadème de perles et une parure furent volés en octobre de l’année dernière au musée du Louvre à Paris. Heureusement la couronne de l’impératrice signé du joallier Alexandre-Gabriel Lemonnier fut sauvée bien qu’endommagée. Aujourd’hui elle a été restaurée.

Pour plus d’informations :
Aujourd’hui, à l’occasion de ce bicentenaire, deux nouvelles publications :

- Carnets de voyage de l’Impératrice Eugénie, ouvrage inédit coécrit par Xavier Mauduit, chroniqueur sur ARTE et producteur sur France Culture, et l’historien Etienne Chilot pour redécouvrir la souveraine à travers ses déplacements officiels et durant l’exil.

- L’Impératrice Eugénie, ouvrages, lettres et récits de Lucien Daudet, fils du célèbre auteur des Lettres de mon Moulin, une édition exceptionnelle réunissant l’intégralité de ses témoignages offrant une plongée intime et littéraire dans la vie de son auguste amie.

L'impératrice Eugénie et le prince impérial par Winterhalter (1857)

L'impératrice Eugénie et le prince impérial par Winterhalter (1857)

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